Rompre l’isolement en milieu carcéral grâce à Betty et Gandhi

C’est jeudi et il y a effervescence dans la salle d’activité où Aurélie accueille les participantes à son programme. Betty et Gandhi attendent  joyeusement  leurs amies pour un moment important : les retrouvailles. Aurélie propose des activités avec les deux chiens pour travailler sur des thèmes comme l’émotion, la famille, les animaux, les jeux... Ces instants heureux font oublier le contexte pénitentiaire.

C’est un projet innovant que porte Aurélie Vinceneux au Centre pénitentiaire de Nantes. Celui d’accompagner des femmes détenues pour prévenir les tentatives de suicide en leur apportant réconfort et affection avec l’aide de ses deux amis à quatre pattes.  Psychopraticienne de formation, titulaire d’un Master en psycho-criminologie et victimologie, Aurélie a créé l’association « Cœur d’Artichien » en 2009 après s’être formée en université à la Relation d’Aide par la Médiation Animale. Depuis, elle propose ces activités comme un espace de parole et intervient sur place tous les jeudis.

Reconquérir la confiance en soi

Il y a quelques années à Nantes, le quartier maison d’arrêt des femmes a connu un épisode de suicides et de tentatives de suicide qui a poussé les professionnels de l’administration du Centre pénitentiaire et les détenues à réfléchir ensemble pour trouver une solution. La médiation animale a été choisie pour tenter de prévenir ces actes auto-agressifs. Cette activité de médiation a tout de suite reçu l’adhésion des femmes du Centre pénitentiaire.

Le groupe qui bénéficie de cette médiation animale est composé de 7 à 8 femmes détenues, soit pour de courtes peines (moins de trois ans de prison), soit en attente de leur procès. Certaines sont là pour quelques semaines et d’autres pour plusieurs années. Pour Aurélie, il s’agit de trouver un équilibre permanent entre le lien de confiance tissé avec les « anciennes » et l’accueil des nouvelles arrivantes.


Betty et Gandhi, médiateurs à quatre pattes

Le programme mis en place se déroule sur un an à raison d’une fois par semaine. Aurélie a fixé trois objectifs principaux à son action : rompre avec le sentiment d’isolement, de rejet et de mal-être que peuvent ressentir les détenues, réduire leur anxiété et leur permettre de regagner de la confiance en elles.

En offrant leur affection sans distinction, les chiens sont perçus par les participantes comme une passerelle entre elles-mêmes et leurs émotions, une fenêtre ouverte sur l’échange et le partage. Ils représentent une source d’apaisement essentielle et permettent de tisser un lien extraordinaire favorable au réconfort.

Betty et Gandhi sont deux chiens aux caractères différents mais complémentaires. Betty prend soin de ses amies de la Maison d’Arrêt des femmes telle une grand-mère bienveillante –d’où son surnom. Lorsqu’elle sent que l’une d’entre elles a besoin d’affection, elle n’hésite pas à sauter dans ses bras.  A Nantes, elle se sent bien et c’est d’ailleurs la seule institution où elle accepte de travailler ! Et elle ne le cache pas en commençant à faire la fête dès son arrivée sur le parking tous les jeudis.

Gandhi, quant à lui, se montre beaucoup plus réservé et discret. Mais dès qu’il se sent en confiance, il peut devenir un véritable agitateur ! C’est un chien qui aime sentir qu’on l’aime pour donner toute son affection.


Réussir avec l’accompagnement de la fondation

Comme les autres projets lauréats de l’opération #AnimauxSoigneurs, Aurélie et son association bénéficient du soutien financier de la Fondation Affinity, de son accompagnement et de ses 30 années d’expérience en matière de médiation animale. Cette aide a permis de mettre en place à Nantes cet important projet de médiation animale.

Perrine Jost, Responsable France de la Fondation Affinity, est fière de participer à la promotion de la médiation animale en milieu carcéral.« Démontrer les bienfaits de la présence des animaux auprès de personnes en souffrance et en difficulté tient à cœur à notre Fondation. Le programme d’Aurélie Vinceneux avec ses deux chiens offre une parenthèse dans la vie de ces femmes, un moment d’apaisement qui permet de reprendre confiance en la vie en récréant progressivement un lien social au sein même de la prison ».

Comme pour les autres projets lauréats, la Fondation Affinity accompagne le travail de recherche avec sa Chaire « Animals & Health », basée à l’Université Autonome de Barcelone, pour évaluer les bienfaits des séances.